Homélie de Sa Béatitude le Patriarche Béchara Boutros Card. Raï Fête de l’Annonciation de la Vierge Marie


أخبار عظاتبشارة مريم العذراء

Bkerké, le 25 mars 2026

« Tu as trouvé grâce auprès de Dieu »

 (Lc 1, 30)

Votre Excellence, le Nonce apostolique,

Mes frères les Évêques,

Révérends Supérieurs généraux,

Chers frères et sœurs,

1. Je me réjouis de célébrer avec vous la quinzième année de mon service patriarcal, avec votre soutien et celui du Synode de nos Évêques, en offrant cette Divine Liturgie, comme action de grâce à Dieu, d’abord pour la grâce de l’épiscopat, puis pour la grâce du service patriarcal. Nous l’avons reçue lors de notre ordination épiscopale et lors de mon élection par l’Esprit Saint et les membres du Synode de nos Évêques comme « Père et Chef » de notre Église. Oui, dans le dessein salvifique de Dieu, nous avons reçu, à l’exemple de notre Mère la Vierge Marie, « une grâce auprès de Dieu » (Lc 1, 30).

Je salue avec vous nos frères les Évêques, membres du Saint Synode, présents dans le territoire patriarcal et dans les pays de l’expansion. J’adresse une salutation particulière à nos frères Évêques qui souffrent de situations de santé difficiles. Nous sommes tous avec eux dans le lien de la communion ecclésiale, et de la fraternité.

2. En la fête de l’Annonciation de la Vierge Marie, qui est une fête nationale au Liban, il m’est agréable d’adresser une salutation affectueuse à tous les Libanais, chrétiens et musulmans, en ce jour béni. Le Liban se distingue parmi les pays du monde en ce que la fête de l’Annonciation est à la fois une fête ecclésiale et nationale. C’est une fête qui rassemble les Libanais autour de la Vierge Marie, la femme qui a dit oui à Dieu, rendant ainsi possible le salut pour toute l’humanité. Nous espérons que la fête de l’Annonciation demeure un signe d’espérance et d’unité dans notre patrie, et que le Liban reste une terre de rencontre, de dialogue et de vivre-ensemble, une terre de paix et de stabilité.

Cependant, nous célébrons cette fête, le cœur meurtri par la douleur pour les victimes de la guerre odieuse entre Hezbollah et Israël, rejetée par le peuple et l’État. Nous nous souvenons dans notre prière des victimes, des blessés et du peuple déplacé qui a laissé derrière lui ses maisons détruites, et nous prions pour la sécurité de ceux qui tiennent bon dans leurs foyers, aspirant à vivre dans la paix et la sérénité.

3. « Tu as trouvé grâce auprès de Dieu » (Lc 1, 30). Dans la théologie chrétienne, la grâce est un don et une initiative divine gratuite. C’est Dieu qui choisit, qui donne et qui appelle. Marie n’a pas été choisie parce qu’elle était grande aux yeux du monde, mais parce qu’elle était humble de cœur, pure dans la foi et totalement ouverte à la volonté de Dieu. C’est pourquoi, l’ange la salue en disant : « Je te salue, comblée de grâce ».

Marie est la femme remplie de la grâce de Dieu, de sorte que son cœur est devenu capable d’accueillir la Parole de Dieu. Mais la grâce n’abolit pas la liberté de l’homme. Dieu appelle, et l’homme répond. Et voici le moment décisif : « Marie répond : Je suis la servante du Seigneur ; qu’il m’advienne selon ta parole » (Lc 1, 38). Par cette parole, Marie a dit oui à Dieu. Et ce « oui » n’est pas une simple approbation passagère, mais un abandon total de sa vie à la volonté de Dieu. C’est un moment de foi profonde et de confiance totale en Dieu. C’est ainsi que commence le mystère de l’Incarnation. Par l’accueil de cette grâce par Marie, Dieu est entré dans l’histoire humaine.

4. Il nous faut donc faire un examen de conscience à la lumière de la parole de l’Ange à Marie : « Tu as trouvé grâce auprès de Dieu » (Lc 1, 30). Parmi les grâces de Dieu, distribuées selon un choix gratuit de Dieu, il y a la grâce de l’épiscopat et la grâce du patriarcat.

5. Nous, en tant qu’Évêques, et moi en tant que Patriarche, lors de notre ordination, nous avons nous aussi dit « oui » à Dieu. Nous avons dit oui au service, oui à la responsabilité, oui à la conduite du peuple de Dieu.

Mais ici se pose la question difficile que nous devons nous poser comme examen de conscience : sommes-nous à la hauteur de cette grâce que nous avons reçue ? Vivons-nous encore selon la grâce que Dieu nous a élargi ? Marie a reçu la grâce, elle a dit oui et elle est restée fidèle à cette grâce toute sa vie. Quant à nous, Dieu nous a donné la grâce de l’épiscopat et du patriarcat, et nous avons nous aussi dit oui. Mais sommes-nous encore fidèles à ce « oui » ?

6. Nous vivons aujourd’hui le temps du Synode, temps d’écoute de ce que l’Esprit dit à l’Église. Cette écoute nous conduit au discernement spirituel et moral entre le bien et le mal dans la vie de la société. Dans ce contexte, l’Église ne peut pas rester silencieuse face à ce que vit le Liban en termes de crises et de difficultés. Le pays traverse des circonstances délicates, connaît de grands défis, des agressions et des violations des droits de l’homme, ainsi que des pressions qui portent atteinte à la dignité du peuple et à sa vie quotidienne.

L’Église, en vertu de sa mission évangélique, ne peut pas rester les bras croisés. Elle est toujours appelée à être la voix de la conscience et à donner une voix à ceux qui n’en ont pas. Nous ne faisons pas de politique, mais nous proclamons les principes de vérité et de justice. Nous ne rivalisons avec personne pour le pouvoir, mais nous sommes engagés à défendre tout être humain et sa dignité.

L’Église ne peut pas négliger les pauvres, ni ignorer la souffrance que vivent les gens, car sa mission est une mission d’amour, et l’amour ne peut pas rester silencieux face à l’injustice.

La fête de l’Annonciation porte aussi un message national profond. De même que la grâce de Dieu est entrée dans le monde par le « oui » de Marie, notre patrie a aujourd’hui besoin de nouveaux « oui » adressés à Dieu : oui à la vérité, oui à la justice, oui à la dignité humaine, oui à l’amour qui construit la société.

7. En cette fête bénie, nous élevons notre prière à Dieu, par l’intercession de la Vierge Marie, afin qu’il répande sa grâce sur notre Église et qu’il guide ses pasteurs dans un esprit de sagesse et de service. Nous prions afin qu’il garde notre patrie le Liban dans la paix et la stabilité. Ainsi rendons gloire et grâce au Père, au Fils et au Saint-Esprit, maintenant et pour les siècles des siècles. Amen.